chapitre 0003

au départ

DJ Omnimaga - Maze of Life

Cette histoire se passe dans un futur proche où l’exploration spatiale a vraiment bien avancé, à un point où on peut facilement se payer des vacances sur la Lune, loin de toute la bisbille qu’il se passe sur Terre. Il y a aussi des colonies sur Mars, rien de très politique, le Traité sur les principes régissant les activités des États en matière d'exploration et d'utilisation de l'espace extra-atmosphérique, y compris la Lune et les autres corps célestes est toujours en vigueur depuis 1967, de manière analogue à celui sur l'Antarctique. D’aucuns avancent que c’est le premier pas vers une paix internationale, mais cela reste à prouver. D’autres disent que c’est une solution au problème imminent de réchauffement climatique qui se fait de plus en plus évident, avec les militants de la première heure ayant un air de « je te l’avais dit » aux sceptiques qui doutaient de la véracité de la chose. Si on arrive à contrôler le climat de Mars pour le rendre habitable, peut-être qu’on pourra finalement contrôler celle de la Terre?

Récemment, quelques scientifiques ont perfectionné dans leur garage la propulsion d’Alcubierre, permettant en gros d’aller plus vite que la lumière sans problème, à un point où le système est assez stable pour l’inclure dans un design de vaisseau spatial. Le Canada est la première puissance mondiale à pouvoir l’essayer, permettant entre autres le voyage Terre-Mars en seulement quelques minutes, ce qui aide grandement à la colonisation. Cette fois, c’est le grand test, on a sélectionné une petite planète à quelque 20 années-lumières de là et on va y envoyer un vaisseau et son équipage. Après tout, l’humanité est curieuse de nature et, peu importe ce qui se trouve à cet endroit de l’univers, il y a de grosses chances que ce soit intéressant.

ASC
Credits: © Agence spatiale canadienne

Deux astronautes de l’ASC, l’Agence spatiale canadienne, ont répondu à l’appel. Pas parce qu’ils étaient obligés, mais c’était pas mal les deux seuls qui ont répondu. Trop risqué, qu’ils disaient. Pas pour Neil Dravas, une jeune recrue. Il préférait mourir pour la science si ça permettait à l’humanité de se coucher un peu moins niaiseux. « Ça c’est du leadership », que ses superviseurs répètent, « tu vas sûrement te ramasser gouverneur général ou ministre du transport plus tard. » Et c’est comment, avec son savoir-faire, il monta rapidement les échelons de l’Agence pour être le plus jeune commandant de son histoire et fut sélectionné pour le premier vol habité hors du système solaire.

Édouard Cormier, ou Ed pour les intimes, est son ami de toujours. Bien qu’il vienne de Québec, ils sont allés au cégep ensemble, ils ont gradué ensemble et ont été admis à l’ASC ensemble. Ils caressent en tant qu’équipe le rêve de découvrir de nouveaux mondes et d’aller là où la main de l’homme n’a jamais mis le pied, comme disait l’autre. Donc, si Neil y va, Ed se doit d’y aller aussi. Ça vient en paquet de deux. Et de toute façon, c’était les deux seuls disponibles et intéressés qui répondent à toutes les qualifications, donc ce n’était pas très compliqué.

C’est donc le 20 août 2034 que le NCSM Julie Payette décolle à destination du système solaire Gliese 581 avec en son bord deux des astronautes les plus téméraires l’Agence spatiale canadienne eut l’occasion d’employer. Avec les nouvelles technologies en aérospatiale (dont le gouvernement, bien évidemment, se targue d’être 100% québécois), le voyage devrait durer tout au plus quelques jours. On est au point où seulement quelques jours sont nécessaires afin d’aller là où la main de l’homme n’a jamais mis le pied. Il n’y a plus aucune limite, les portes de l’exploration galactique sont grandes ouvertes et ces deux jeunes astronautes seront les premiers à y entrer.

Si tout va bien.